Introduction/Alain Houziaux
Dans l'Antiquité, l'amour entre homme et femme, ou entre personnes de même sexe, n'était pas considéré comme un cadeau des dieux. La pensée antique présentait la sexualité, la femme et le couple comme des malédictions. Pensons à la légende de Prométhée. Pour punir le Titan d'avoir dérobé le feu et de l'avoir livré aux hommes, Zeus déchaîne sa colère sur ces derniers en leur tendant un piège redoutable. Il leur envoie la femme Pandora qui les séduit et soulève le couvercle de la jarre où étaient enfermés les maux et les malédictions. De même, une autre femme séduisante, Némésis, la fille de
la Nuit, personnifie en fait la vengeance divine, celle qui s'abat sur les mortels trop heureux et qui se réjouissent de l'être.
Chez Platon, Eros n'est pas un dieu, mais un démon à mi-chemin entre les hommes et les dieux. L'amour est une forme inférieure de l'Amour (le véritable amour, c'est l'amour du Beau, des Idées). L'amour était considéré comme une illusion. Et l'échec d'une illusion est toujours une forme de guérison.
Ainsi, dans la pensée antique, l'échec amoureux est banalisé, considéré comme un passage obligé. Il est l'issue normale et souhaitable de l'amour, tout comme la guérison est l'issue souhaitable d'une maladie.
Mais il n'en va pas de même dans
la Bible. La femme n'est pas présentée comme une punition pour l'homme. Dieu a souhaité la complémentarité de ces deux êtres de sexes différents (Genèse 2 , 20-23).
La dégradation de la relation entre Adam et Eve apparaît comme une des conséquences de leur désobéissance. Après qu'ils ont « croqué la pomme », Adam et Eve tombent dans le jeu de demi-vérités et de mensonges. Le « retour vers leur quant-à-soi » qu'ils ont opéré, l'un et l'autre, est présenté comme une « chute ».
A l'inverse, dans la pensée antique, il correspond à l'attitude voulue par les dieux. En effet, Zeus décida, pour les punir, des couper des êtres androgynes en deux, séparant ainsi hommes et femmes. Dans la pensée antique, l'amour qui rapproche les sexes est donc une manière d'aller à l'encontre de la volonté divine.